INTERVIEW, FLORENT PAGNY : « JE SUIS PLUS CITOYEN DU MONDE QUE BAROUDEUR » 18 April 2022, Nicole Korchia

Courants d'Air, INTERVIEW, FLORENT PAGNY : « JE SUIS PLUS CITOYEN DU MONDE QUE BAROUDEUR »Courants d'Air, INTERVIEW, FLORENT PAGNY : « JE SUIS PLUS CITOYEN DU MONDE QUE BAROUDEUR »Courants d'Air, INTERVIEW, FLORENT PAGNY : « JE SUIS PLUS CITOYEN DU MONDE QUE BAROUDEUR »Courants d'Air, INTERVIEW, FLORENT PAGNY : « JE SUIS PLUS CITOYEN DU MONDE QUE BAROUDEUR »Courants d'Air, INTERVIEW, FLORENT PAGNY : « JE SUIS PLUS CITOYEN DU MONDE QUE BAROUDEUR »
© ©Universal Music France

« VIVRE BIEN, SE TENDRE LA MAIN, S'ENTRAIDER… »

Depuis cette interview réalisée pour la sortie du dernier numéro de Courants d'Air, Florent Pagny a mis sa tournée sur pause pour des raisons de santé. Nous lui envoyons toutes nos meilleures pensées pour un bon rétablissement et serons les premiers à l'applaudir lors de ses prochains concerts.
 

©Yann Orhan

Quel plaisir de te retrouver et qui plus est, avec un bel album qui parle d'Avenir*, d'Instinct**, d'espoir… Cela correspond à ton état d'esprit actuel ?
Oui, je n'écris pas mes textes mais je ne pourrais pas chanter des mots que je ne ressens pas. Lorsque j'ai écouté les chansons proposées par Calogero, qui a conçu et réalisé l'album L'Avenir, je me suis dit que c'était des costumes sur-mesure écrits par de bons auteurs. Ils ont senti que j'avais envie de chanter des choses plus agréables qu'une certaine réalité anxiogène. Nous, les chanteurs, nous sommes des messagers, alors à un moment nous devons envoyer de bons messages, qui nous font espérer un avenir plus doux. C'est mon état d'esprit.


©Yann Orhan

On y décèle aussi de l'optimisme et un regard tendre posé sur l'humanité, comme dans le très beau titre « Les passerelles » composé par Julien Clerc et Calogero. Gardes-tu la foi en l'homme ?
Oui tout en étant assez lucide. Lorsque je suis né, la guerre n'était pas si loin. Tout progressait de mieux en mieux. On a passé une cinquantaine d'années assez cool et on se disait même qu'il n'y aurait plus de grands conflits. Puis d'un seul coup tout est redevenu bizarre, avec le terrorisme, les puissances qui se prennent la tête, des sociétés violentes et des gens qui ont des comportements inhumains. Je n'aurais pas choisi un texte sur le terrorisme ou la Covid, parce que c'est suffisamment difficile à vivre. Chantons la vie autrement, et sachons qu'il y aura forcément des personnes qui prendront des options positives, pacifistes, bienveillantes. Vivre bien, se tendre la main, s'entraider…  Nous allons y arriver, même s'il nous faut encore du temps.


©Universal Music France

Est-ce que la sagesse d'un vieil indien serait cachée en toi ?
Cela doit être mon indienne qui me l'a insufflée car d'où je viens ce n'était pas prévu au programme. (Sourire)
Au départ je suis passé de ma province bourguignonne à la capitale. J'étais un citadin avec des blousons de cuir et des motos. Cela correspondait aux envies de mon âge. Avec le temps on commence à ressentir le besoin de s'éloigner des villes, pour respirer un peu mieux. Puis un jour on réalise qu'il y a des arbres et une nature extraordinaire. On se met à voyager et on découvre des décors qu'on n'imaginait pas. Des lieux vierges où il n'y a personne. Cela fait une espèce de choc entre ce que tu connais bien et ce qui pourrait s'offrir à toi. Tu réalises alors que tu pourrais vivre autrement, avec d'autres valeurs, dans un autre système, et avec le temps tu vas plus dans ce sens-là. Tu te retires un peu du monde. Tu deviens moins urbain. Tu abordes des sujets plus terre à terre, plus bio, plus verts et plus naturellement humains.


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Ce sont ces raisons qui t'ont amené à passer plus de temps en Patagonie …
J'y suis d'abord allé pour accompagner la femme que j'avais rencontrée. Et de la même manière qu'elle a réalisé en arrivant à Paris qu'elle était chez elle, moi j'ai réalisé en arrivant chez elle que j'étais comme chez moi ! (Sourire) Avant de découvrir la Patagonie, chaque fois que je voyageais je trouvais ça merveilleux, mais j'étais très content de rentrer. La première fois où je me suis dit que je n'étais peut-être pas obligé de retourner tout de suite à mes racines c'était ici. Il y a ce truc très fort avec la nature, l'eau, l'air pur… Il y avait aussi ce contraste avec ce que je vivais. Je commençais à saturer avec la notoriété, qui t'amène toujours à un moment où tu sens que tu pourrais passer de l'autre côté du miroir et devenir ta propre image.


©Universal Music France

Là-bas, tu as découvert un autre équilibre ?
Cela fait 28 ans que je fais des allers-retours France-Patagonie et je me rends compte que je ne peux vivre ni sans l'une ni sans l'autre. En Patagonie on ne sait pas que je suis chanteur, c'est cool. Et puis je peux rouler des heures sans croiser personne. Mais au bout de trois mois de nature, un peu coupé du monde, je suis toujours content de prendre un avion, d'arriver à l'aéroport et qu'on me demande une petite photo. (Sourire) Et puis après trois mois intenses d'interviews, de plateaux télé, d'émissions de radio, je reprends l'avion direction la Patagonie. Et là, je réalise à quel point j'ai la chance de pouvoir vivre tout ça. Il faut vraiment être conscient de la chance que l'on a et ne pas croire que tout est normal. Cette façon de vivre m'a apporté un véritable équilibre et je ne perds le goût de rien.


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Tu te sens plutôt l'âme d'un voyageur, d'un aventurier ou d'un citoyen du monde ?
Je suis plus citoyen du monde que baroudeur, car même si je ne vis pas toujours au même endroit, je ne pars pas à l'aventure avec un mobile home ! Je prends surtout des avions de ligne pour atteindre les destinations qui me plaisent, puis je m'amuse autour. Et même si j'ai une bonne capacité d'adaptation, j'organise mes voyages pour vivre les choses dans de bonnes conditions. Par contre, je peux partir sur une piste déserte durant six heures, juste avec mon GPS et sans être inquiet, parce que je me connais, que je parle la langue et que je sais aussi changer une roue ! (sourire)


©Universal Music France

Lorsque tu regardes en arrière, qu'as-tu réussi de plus important à tes yeux ?
A vrai dire je ne regarde pas beaucoup en arrière. Pour moi le plus important, c'est que j'ai réussi à avoir une carrière et une vie de famille en même temps. Ce qui n'est pas donné à tous les chanteurs. J'ai eu la chance de trouver la bonne personne, d'avoir eu de bons enfants, et d'avoir fait les bons choix. Pour eux, pour nous, pour ma carrière. Je suis bien avec Madame. Je fais ce que j'aime faire. De la musique, chanter, m'amuser en télé de temps en temps… Et pouvoir aussi me retirer du monde.
La vie est souvent une question de bon choix. C'est l'instinct* qui te pousse vers les bonnes collaborations, les bonnes chansons, les belles rencontres et j'ai un sacré instinct ! (rires)

*L'Avenir titre de son dernier album
**L'Instinct, titre d'une des chansons de l'album L'avenir

Courants d'Air

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